
Au detour du chemin, elle apparait tel un bateau ivre en equilibre sur les vallons, eclairee de l'interieur par une une pleine lune et a l'exterieur par des flambeaux. L'etrange hublot sous le toit ressemble a un astre (ou un troisieme oeil) et le cachet de cette vieille demeure victorienne construite en 1825 est a couper le souffle. C'est avec le sentiment que l'inevitable venait de se produire que Dominique et Michel Guilbeault ont fait leur offre d'achat il y a sept ans. Le Bocage, leur restaurant, a vu le jour deux ans plus tard et c'est l'un des secrets les mieux gardes des Cantons de l'Est.
Cet ingenieur et sa douce moitie se sont lances dans le gentleman-farming tout a la joie de se consacrer au retour a la terre.Deux chiens auquels se sont ajoutes une vache puis un elevage de canards, de lapins, d'agneaux, de cailles, et d'oies forment desormais une famille unie. De fil en aiguille l'idee du restaurant a germee et celle d'une cuisine qui n'utiliserait que des produits locaux ou "maison" s'est imposee. Le pain sur la table,le vinaigre dans la vinaigrette, la creme glacee au dessert, chaque detail compte. On sent le soucis de laisser les ingredients s'exprimer en leur donnant le petit coup de pouce necessaire.
Dans la salle a manger rechauffee d'un foyer, quelques dineurs ont le privilege d'etre admis a la table de Dominique et Michel.Le menu fixe au prealable est compose de sept services et permet de gouter differentes specialites concoctees par la ou le chef. Chacun d'eux y va selon ses forces et ses gouts.Cette cuisine n'est d'ailleurs que plaisir: plaisir de la concevoir, de l'appreter et de la servir.Et pour tout dire le plaisir d'y gouter n'en est que magnifie.
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Tout d'abord le pain est apporte sur la table par la maitresse de maison qui le fait cuire chaque jour sous forme de jolies couronnes tressees. Elastique a souhait et d'une odeur reconfortante, ce pain a toutefois l'inconvenient de nous assouvir trop rapidement et Dominique ne se lasse pas de mettre ses invites en garde.
Le repas debute avec le pate de gibier en croute compose entre autre de canard et de lievre, de figues et de noix, le tout accompagne de confiture d'oignons et de quelques fines herbes biologiques d'un producteur voisin. La texture est parfaite, le gout intense et le tout legeremant sucre grace aux figues et aux oignons. J'ai resiste a l'envie de regouter a la tresse de pain.
Une creme de poivrons rouges tomatee suit dans de jolies assiettes de verre vieux rose qui souligne d'autant le rouge soutenu de cette creme parfaitement equilibree entre l'acidite et la douceur Le pain toujours nous nargue.
Le mille-feuille de truite fraiche sur sa sauce au vermouth est presente en portion degustation et nous n'en sommes que plus reconnaissants. Decoree comme la celebre patisserie, cette entree chaude met en evidence la chair du poisson rose dans un ecrin de pate feuilletee a souhait et sur une sauce fort reduite et lipidique mais, oh! combien delicieuse.Qu'il serait bon d'y tremper un peu de pain...
Le plat de resistance est compose de magrets de canard (l'elevage maison bien sur) sur sauce au vinaigre de frampoises faite avec un veritable fond de canard.

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Le magret est saignant et cette cuisson le met en valeur. La sauce succulente aussi. Un gratin dauphinois fort reussi et quelques asperges de la pre-saison accompagnent la volaille. Nous ne pensons plus au pain et sur les tables les bouteilles de vin apportees par les clients tirent a leur fin. Il restera juste ce qu'il faut de ce Sancerre pour arroser le feuillete de chevre au miel. Ce miniature sucre-sale fait fureur mais le miel domine un peu masquant le fromage plus doux.
Quand arriveront les desserts, le silence d'usage fait place a des plainte mal camouflees a mi-chemin entre le point G et le point Y. Aux tables on se meurt un peu pour cette terrine de chocolat blanc (realise par Michel) au centre de pralin a peine soutenue par la gelatine, gavee de creme et en accord profond avec la creme anglaise au cafe. Dans une tulipe de buiscuit, une boule de creme glacee a l'orange (creation de Dominique) nous titille les papilles juste ce qu"il faut pour nous donner l'impression que les calories s'evanouissent avec le froid.
On entend presque plus la voix de Barbara qui chante "dis quand reviendras-tu, dis au moins le sai-tu" tant la conversation va bon train entre les tables.Une chose est certaine, Le Bocage est une adresse ou on revient et qu'on s'echange entre intimes. Depuis le temps qu'on se connait je n'hesite pas un seul instant a vous la communiquer.
POUR: Des passionnes qui font de leur violon d'Ingres un gagne-pain. Du pain quotidien cuit chaque jour. Un acceuil et une ambience tres intimes.Une cuisine exquise et un menu impose qui n'a rien d'un pensum.Une maison attachante comme on en voit au cinema.
CONTRE: J'ai mis cinq ans a decouvrir cette retraite gourmande.
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